Les enjeux du Sommet européen de Barcelone Les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne se réunissent le vendredi 15 et samedi 16 mars à Barcelone. Les priorités du Conseil européen concernent cinq domaines concrets : l'interconnexion et l'ouverture des réseaux européens de transport; la libéralisation et l'interconnexion des marchés de l'électricité et du gaz; l'intégration des marchés financiers en vue de faire de l'Europe une véritable puissance financière; le développement d'un marché de l'emploi plus flexible et capable de créer plus d'emplois; la mise en uvre d'améliorations en matière d'éducation et dans le domaine de la formation des étudiants et des travailleurs européens, visant également à promouvoir leur mobilité.
Barcelone : un sommet sous haute tension ?
Un des enjeux importants sera la libéralisation du marché
de l'énergie. Le sommet européen de Barcelone va mettre la
pression sur la France pour obtenir des engagements concrets
sur la libéralisation des marchés de l'énergie, devenue
une priorité pour la majorité des pays de l'Union
européenne, dossier très sensible politiquement pour les
dirigeants français en pleine campagne électorale. Tandis
que la Commission entend accélérer le processus et ainsi
ouvrir le marché électrique à la concurrence en 2003 pour
les entreprises et en 2005 pour les clients résidentiels, la
France, qui défend le quasi-monopole domestique d'EDF,
refuse de fixer des échéances quant au libre choix du
fournisseur par les ménages. Elle pourrait assouplir sa
position en échange de l'acceptation du principe d'une
directive cadre sur les services publics.
Le développement durable mis entre parenthèses ?
L'agenda du sommet n'a pas retenu l'évaluation des
politiques environnementales. Les organisations non
gouvernementales craignent une mise entre parenthèses du
développement durable, d'autant plus que nous ne sommes qu'à
six mois du Sommet mondial de la Terre à Johannesburg. A
Göteborg, l'an dernier, une stratégie, qui recherche l'intégration
de l'environnement dans toutes les politiques nationales et
sectorielles, avait été adoptée, avec deux grands axes mis
en exergue : d'une part, découpler la croissance du produit
national brut de la consommation d'énergie et des ressources
et d'autre part, stimuler le développement économique en
ayant recours aux technologies propres. De plus, très
bientôt, l'Europe doit adopter le sixième programme d'action
environnemental préparé par la Commission. Rappelons aussi
que la législation environnementale des pays membres sur l'air
ou sur l'eau résulte pour une bonne part de directives
européennes. Mais ceux-ci sont souvent en retard par rapport
à l'application de ces directives. Nous devons toutefois
reconnaître que la préparation du Sommet de Barcelone
montre de nouveau que l'objectif affirmé d'intégration de l'environnement
a beaucoup de mal à se voir pris en compte au plus haut
niveau.
A Laeken, plusieurs indicateurs avaient été retenus comme
les émissions perturbant le climat, le découplage de la
croissance économique par rapport aux consommations d'énergie,
les transports, les déchets ménagers, la qualité de l'air
et l'intermodalité des transports, mais, on ne trouve pas
par exemple de référence aux ressources naturelles. "
On parle de développement durable et non de nature durable
" déclare Edwin Zacaï, Ingénieur, philosophe, docteur
en environnement à l'Université Libre de Bruxelles.
L'Europe sociale sera-t-elle mise en arrière-plan ?
Le 14 mars, 100.000 manifestants ont défilé dans les rues
à l'appel des syndicats européens pour réclamer " une
Europe plus sociale ". Le sommet de Barcelone risque-t-il
de balayer les acquis sociaux de la présidence belge ?
Depuis Lisbonne, il y a deux ans, l'Union jure de renouer
avec le plein emploi. Aux objectifs quantitatifs, la
présidence belge a ajouté des critères de qualité de l'emploi
: salaire, sécurité du contrat, non discrimination,
dialogue social, conciliation avec la vie privée. La
réunion de Barcelone affiche d'autres priorités telles que
la réduction de la fiscalité et l'accélération de la
flexibilité. Certains demandent d'impliquer davantage les
partenaires sociaux et jugent plus que jamais nécessaire
de tendre à un équilibre entre la modernisation de l'économie
et une haute protection sociale. Il faut bien constater
que la situation reflète une certaine opposition entre les
Etats membres, ceux qui ne veulent entendre parler que des
grandes orientations néo-libérales et ceux qui entendent
maintenir un lien entre la santé économique de l'Europe et
son développement social.
Au menu : les mesures destinées à favoriser le
développement des technologies de l'information et de la
communication - priorités pour l'" eEurope "
Ces 14 et 15 mars, les dirigeants européens mettront en
chantier la prochaine étape de leur stratégie visant à
faire de l'Union européenne l'économie basée sur les
connaissances la plus compétitive du monde d'ici à la fin
de la décennie. Ils ont lancé cet exercice ambitieux à
Lisbonne il y a deux ans, et, trois mois plus tard, à Feira,
ils ont approuvé le plan d'action " eEurope 2002 "
en tant que pilier central des efforts visant à renforcer le
potentiel des entreprises de l'Union. Une utilisation accrue
de l'internet, le développement des compétences dans le
domaine des technologies numériques, la réorganisation des
entreprises et la réforme des administrations nationales
sont nécessaires si l'on veut accroître la productivité en
Europe. C'est pourquoi l'action " eEurope 2002 "
doit devenir l'action " eEurope 2005 ". Selon Erkki
Liikanen, Commissaire européen en charge des Entreprises et
de la Société de l'information, au moins cinq priorités s'imposent.
En premier lieu, il s'agit de réorienter les
politiques en les axant sur les utilisateurs et les citoyens,
afin que la technologie offerte leur paraisse réellement
attrayante. Ce que les utilisateurs et les citoyens veulent,
ce sont des informations et des applications qui simplifient
ou améliorent leur existence. Par conséquent, la première
priorité est de reconnaître l'importance du contenu et des
applications, qu'ils soient fournis par les services
commerciaux ou publics, et de veiller à ce qu'ils soient
accessibles non seulement à l'aide d'ordinateurs, mais aussi
par le téléphone portable, la télévision et d'autres
innovations.
Deuxièmement, les gouvernements
peuvent apporter une contribution importante à la société
internet en utilisant beaucoup plus largement les services en
ligne et en offrant des services publics modernes qui sont
véritablement interactifs.
L'apprentissage
en ligne constitue un autre domaine prioritaire pour l'émergence
d'une nouvelle génération de citoyens compétents sur le
plan informatique. Les écoles se trouvent en première ligne
: maintenant que presque toutes sont reliées à l'internet,
il faut veiller à ce qu'elles disposent d'ordinateurs
modernes et de connexions rapides pour intégrer technologie
et éducation. De plus,
tout citoyen, quelle que soit sa situation personnelle ou
géographique, devrait pouvoir bénéficier des possibilités
qu'offre la société
basée sur les connaissances. Il s'agit à la fois d'un
impératif social et d'une condition nécessaire à la
croissance économique.
Une attention particulière
doit être accordée à la nécessité de veiller à ce que
les citoyens ayant des besoins particuliers, tels
que les personnes infirmes,
âgées et handicapées, ne soient pas exclus de l'internet,
d'autant plus que la technologie peut
véritablement
contribuer à leur intégration sociale.
La
quatrième priorité est la large bande. Nous avons besoin de
technologies d'accès plus rapide telles que les satellites,
le téléphone mobile de troisième génération, la fibre
optique et l'accès fixe sans fil pour offrir la vitesse et
la couverture géographique des services nouveaux et
améliorés en cours de développement.
Et
enfin, en ce qui concerne la question de la sécurité, il
s'agit de concilier le désir de disposer d'un internet
ouvert et facile à utiliser avec des mesures visant à le
protéger contre les attaques gratuites et la publicité
importune.